Les langues celtiques : mystérieuses langues gaéliques

Dans la grande famille des langues celtiques, le gaélique occupe bien sûr une place à part – notamment en Irlande, où elle est une langue officielle. Quels sont les secrets des langues gaéliques ?
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Les langues celtiques : mystérieuses langues gaéliques

Illustrations de Marine Ropton

Dans notre précédent article, nous avons dessiné un rapide contour de ce qu’on appelle les « langues celtiques ». À la lecture de cet article, vous avez donc observé qu’il existait deux grandes familles de langues dites celtes : les langues brittoniques d’un côté, que l’on parle principalement au pays de Galles et en Bretagne, et les langues gaéliques de l’autre. Ce sont elles que nous allons vous présenter ici !

Les origines des langues gaéliques

La branche gaélique (ou goïdélique) est la branche la plus ancienne des langues celtiques insulaires. Elle comprend donc :

  • l’irlandais
  • le gaélique écossais
  • le mannois

Ces trois termes dérivent de la traduction française donnée aux termes officiels anglais. En réalité, chacune de ces trois langues se nomme elle-même sous l’appellation « gaélique » : Gaeilge, Gàidhlig et Gaelg, respectivement en irlandais, en écossais et en mannois. Ainsi, pour parler des autres formes de langue gaélique, elles ajoutent un qualificatif au terme « gaélique ». On aura par exemple, en gaélique écossais, « Gaeilge » ou « Gàidhlig na h-Èireann » pour se référer à l’irlandais.

Les traces de gaélique les plus anciennes remontent au IVe siècle de notre ère : ce sont des inscriptions sur des colonnes ou des pierres dressées. C’est en Irlande que le gaélique s’est d’abord développé avant d’atteindre l’Écosse, principalement sur la côte ouest.

Le gaélique irlandais – Gaeilge/Gaedhilge

L'irlandais gaélique serait compris par plus de 2 millions de personnes
L’irlandais gaélique serait compris par plus de 2 millions de personnes

L’irlandais est l’une des trois langues gaéliques.

La langue irlandaise, de la primauté à la répression

Amené par le peuple des Gaels, l’irlandais est donc la plus ancienne des langues celtiques. C’est surtout celle qui a la mieux résisté, malgré les différentes invasions connues par son peuple ! Mais à l’instar de nombreuses langues régionales, l’irlandais a connu une histoire accidentée.

Si l’irlandais gaélique a pendant des siècles été la langue majoritairement parlée en Irlande, ce n’est en fait qu’à partir du XVIIIe siècle que son usage diminue, victime notamment de la volonté de l’Angleterre de réprimer la culture et le patrimoine irlandais. La grande famine et l’émigration du milieu du XIXe siècle accentue davantage le phénomène, provoquant l’exode et la disparition d’un grand nombre de ses locuteurs natifs.

Lorsqu’en 1921 l’Irlande acquiert son indépendance, le gouvernement promet de réhabiliter la langue irlandaise. Ainsi, en 1937, le gaélique est déclaré première langue officielle d’Irlande et des mesures aux résultats malheureusement mitigés sont mises en place.

De la pratique de l’irlandais gaélique au XXIe siècle

L’irlandais gaélique moderne est divisé en trois dialectes : le dialecte méridional (parlé dans les régions de Waterford, de Cork et dans le Kerry), le dialecte septentrional (parlé dans le Donegal) et le dialecte oriental (parlé sur les îles d’Aran, dans le Connemara et dans le comté de Mayo). Parmi elles, les quelques régions où l’irlandais reste encore fortement parlé sont appelées les Gaeltachtaí.

L’apprentissage du gaélique est désormais obligatoire dès l’école primaire et se poursuit jusqu’au baccalauréat. Malgré tout, le manque de volonté des mesures adoptées ajouté à la complexité de la langue a eu raison de son développement. Plutôt perdant dans le jeu du bilinguisme irlandais, le gaélique connaît aujourd’hui un certain regain, comme beaucoup d’autres langues régionales.

Les Irlandais montrent ainsi de plus en plus de volonté de protéger et de revaloriser le gaélique, y compris en Irlande du Nord où la pratique de cette langue est sujette à polémique. Dublin a par exemple facilité depuis le début du siècle la création d’écoles, les gaelscoileanna, où le gaélique est la langue principale d’enseignement. Il en existe presque 360 maintenant, comptant près de 50 000 élèves. Les médias diffusent quant à eux certaines émissions en gaélique, à la radio comme à la télévision, suivies quotidiennement par environ 14 % de la population de République d’Irlande.

Aujourd’hui, l’irlandais serait parlé quotidiennement par 73 803 habitants (recensement de 2016), mais on estime que près de 2 millions de personnes dans le monde en posséderaient les bases. Même le célèbre chanteur pop, Ed Sheeran, a adapté un de ses tubes, Thinking Out Loud, en irlandais, alors devenu : Ag Smaoineamh Os Ard !

Aon taithe in iliocht ! Unie dans la diversité !

L’irlandais n’est pas seulement première langue nationale d’Irlande, mais aussi seule langue celte officielle de l’Union européenne. En effet, en 2007, le gaélique d’Irlande est devenu officiellement la 21e langue officielle de l’UE. Maith thú !

Petit lexique irlandais :

  • Irlande : Eirinn
  • Bonjour : Dia duit
  • Merci beaucoup : Mòran taing
  • Deux Guinness, s’il vous plaît : Dha Guinness le do thoil
  • Je t’aime : Gráím thú

Et pourtant… le miracle mannois !

Le drapeau de l'île de Mann est aussi l'emblême des mannois
Le drapeau de l’île de Man est aussi l’emblème des Mannois

En 2009, l’UNESCO déclare officiellement éteinte la langue mannoise. Mais ces dernières années, on a assisté à sa résurrection ! Les habitants de l’île ont en effet décidé de se battre pour sauver leur langue, notamment en créant une école primaire enseignant presque entièrement en mannois.

En 2011, 50 personnes le parlaient comme langue maternelle (des enfants bilingues en immersion), et environ 1 823 comme seconde langue, soit 134 locuteurs de plus que lors du recensement effectué en 2001. Depuis, et pour répondre à la demande des enfants de l’école, la classification de l’UNESCO a été changée en « en voie critique d’extinction » !

Le gaélique écossais – Gàidhlig

Le gaélique écossais est encore parlé en Écosse
Le gaélique écossais est encore parlé en Écosse

Place à présent à la deuxième langue gaélique : le gaélique écossais. Il est probablement apparu en même temps que la venue des Celtes d’Irlande du IIIe au Ve siècle et la fondation du royaume gaélique de Dál Riata. Le vieil irlandais d’Écosse commence peu à peu à se différencier du vieil irlandais d’Irlande. Très vite, et de par les alliances et les changements de frontières fréquents,  elle prend le pas sur les langues existant alors en Écosse : le picte et le brittonique. Elle a ainsi longtemps été la langue principale, importante et chère à la culture écossaise.

En 1018, après la conquête du Lothian par le royaume d’Écosse, le gaélique écossais atteint son zénith social, culturel, politique et géographique. S’amorce ensuite le déclin du gaélique écossais. La présence écossaise perd du pouvoir dans les affaires du royaume, amplifiant la légitimité de l’anglais comme langue des affaires. Le français devient la langue parlée à la cour, associant l’écossais à la ruralité.

À la fin du XVIIIe siècle, les temps deviennent très durs pour les locuteurs du gaélique écossais. Suite au soulèvement des jacobites dans les années 1700, la langue gaélique est totalement réprimée en réponse aux insurrections. Dès 1708, les Highland Clearances poussent les populations des Highlands à l’exil forcé suite à la mort des chefs de clan. Ces populations ont très souvent migré vers des régions ne parlant pas le gaélique, accentuant dramatiquement le déclin de l’écossais. Enfin, en 1872, un texte de loi, le Scottish Education Act, donne le coup de grâce au gaélique, en interdisant d’enseigner dans les écoles dans une autre langue que l’anglais.

Malgré cette histoire douloureuse, la volonté des locuteurs gaéliques a été la plus forte et a continué à développer un patrimoine culturel, musical et social fort. Depuis 1985, l’enseignement par l’intermédiaire du gaélique est de nouveau autorisé. À ce jour, le gaélique écossais est encore parlé dans les Highlands, mais surtout dans les îles Hébrides. Elle est aussi parlée dans les Lowlands, au sein de petites communautés urbaines comme à Glasgow, à Édimbourg et à Inverness (et même en Nouvelle-Écosse, au Canada !)

En 2005, le Parlement écossais lui accorde le statut de langue nationale. Malgré cette reconnaissance et la possibilité de l’étudier dans de nombreuses écoles, elle est considérée par l’UNESCO comme langue sévèrement en danger. En 2011, on estimait que plus de 57 000 personnes vivant en Écosse parlaient le gaélique écossais, soit un léger ralentissement du déclin de cette langue celtique.

L’Outlander Mania

L’attachement fort des Écossais au gaélique est renforcé mondialement par un phénomène populaire récent : une série télévisée à succès, Outlander – Le Chardon et le Tartan. Cette série est basée sur la saga littéraire de Diana Gabaldon, dont le premier roman est sorti en 1991.


Le synopsis ? Les aventures de Claire, une infirmière de l’après-guerre qui se retrouve propulsée « comme par magie » en pleine campagne écossaise de 1743, au cœur des révolutions jacobites. La série nous transporte dans une période trouble mais passionnante de l’histoire écossaise, et dans laquelle les réalisateurs ont fait le pari de tourner une partie des scènes en gaélique pour plus de réalisme. C’est donc un double bonus linguistique : de l’anglais avec ce cher accent écossais, et du gaélique !

Petit lexique écossais :

  • Écosse : Alba
  • Montagne : Ben
  • À la vôtre ! : Slàinte !
  • Les Highlands : A’ Ghaidhealthachd
  • Bonne nuit : Oidhche mhath
  • Je ne comprends pas : Chan eil mi a’ tuigsinn

Lisez la suite de notre dossier « langues celtiques » : partez à la découverte des langues brittoniques !

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